L'allaitement maternel représenté en peinture
Publié le 28 Janvier 2016
Que l’on n’imagine pas que le bonheur d’allaiter renvoie au plaisir de la caresse ou de la succion des seins dans l’acte sexuel, qu’il en serait comme une sorte de répétition attardée, d’image inadéquate, ou de préfiguration incertaine. C’est un bonheur spécifique, dur et rond comme un beau galet. Un bonheur qui n’en rappelle ou n’en prévoit nul autre semblable. Un bonheur clos, entier.
Qu’on ne dise pas non plus que c’est l’idée du don qui est plaisante […] à la femme qui allaite. C’est le corps qui est heureux quand le lait monte dans les seins comme une sève vivace, c’est le corps qui est heureux quand le bébé tète.
Annie Leclerc, Parole de femme, ©Grasset, 1974
Après que le petit enfant est né, une vraie mère le doit nourrir de ses mamelles, qui est la belle fontaine que dame Nature sage et provide a préparée à cet effet (…) et quel passe-temps plus grand pourrait avoir une femme en ce monde que celui qu'elle en a, en allaitant ses petits enfants, desquels le petit patois et jargon gracieux (…) passent tous les badins du monde.
Michel de Montaigne : Essais, 1580
D’un geste simple et tranquille, Marianne dégrafa largement son corsage ; elle sortait le sein blanc, d’une douceur de soie, dont le lait gonflait la pointe rose ; telle que le bouton d’où naîtrait la fleur de vie. Et elle fit cela sous le soleil qui la baignait d’or, en face de la vaste campagne qui la voyait, sans la honte, ni même l’inquiétude d’être nue ; car la terre était nue, les plantes et les arbres étaient nus, ruisselants de sève. La mère sentait autour d’elle cette source qui jaillissait. Ce n’était pas seulement elle qui nourrissait, les sucs printaniers gonflaient les sillons, faisaient pousser les arbres et l’herbe où elle était assise. Elle sentait également cette sève montant en elle, qui lui donnait le lait qui s’écoulait de sa poitrine. C’était un véritable flux de lait, le flux vital qui fait pousser de nouvelles semences.
Emile Zola, Fécondité, 1899
Elle fut jalouse de la nourrice, et quand le petit assoiffé tendait les bras vers le gros sein aux veines bleuâtres, et prenait entre ses lèvres goulues le bouton de chair brune et plissée, elle regardait, pâlie, tremblante, la forte et calme paysanne, avec un désir de lui arracher son fils, et de frapper, de déchirer de l'ongle cette poitrine qu'il buvait avidement.(…) Elle se fâcha, pleura, implora ; mais on resta sourd à ses prières. Il fut placé chaque soir auprès de sa nourrice ; et chaque nuit la mère se levait, nu-pieds, et allait coller son oreille au trou de la serrure pour écouter s'il dormait paisiblement, s'il ne se réveillait pas, s'il n'avait besoin de rien.
Guy de Maupassant: Une vie, 1883
Cet article participe au " tableau du samedi " de chez Lady marianne ...
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