L'igname au coeur de la culture kanak
Publié le 5 Février 2009

Les différentes sortes d'ignames en Nouvelle-Calédonie
Cultivéee dans toutes les régions tropicales du globe, dans un but
alimentaire, pour ses tubercules riches en amidon..
Le terme désigne aussi le tubercule lui-même consommé comme légume.
Les ignames se consomment cuites, braisées, ou frites. Selon les espèces et variétés, le goût est très variable, très agréable, tendre et sucré dans certains cas, farineux, à goût de châtaigne le
plus souvent .

Une grande partie de la tradition kanak est construite
autour du cycle végétatif de l’igname.
Cette plante constitue la base de la nourriture,
La valeur nourricière est renforcée par tous les travaux qu’il a fallu
réaliser pour obtenir cet aliment, la sueur, les gestes, le temps, les intempéries...etc...
L’igname a un statut presque
sacré,elle peut être totem, ou
médicament.
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Les travaux commencent par le choix d’un terrain effectué avec réflexion en
appelant la bienveillance des ancêtres. Ce lopin est défriché par le feu porteur de vertus magiques, car il porte des engrais, réchauffe la terre et appelle le soleil.
Puis des trous sont creusés et le tubercule est mis en terre en juin ou juillet.
Dans différents endroits du champ sont cachées des pierres magiques qui protègent la plantation ainsi que des liens d’herbes qui maintiennent à proximité les dieux favorables au clan.
Ces liens marquent aussi l’interdiction faite aux étrangers de venir dans ce champ.
Dès la sortie des premiers bourgeons, les tuteurs sont mis en place.
Alors commence une période pendant laquelle le risque de famine est grand, puisque de août à mars les réserves diminuent sans possibilité de remplacement.
Alors symboliquement on apporte des offrandes au grand chef pour qu’il ne manque pas de nourriture.
Des repas rituels sont organisés sur la base de certaines plantes pour bien montrer que l’on s’organise pour lutter contre la disette.

Les ignames nouvelles ne seront récoltées qu’à la lune de mars lorsque apparaît la constellation des
Pléïades. Ce sont des anciens qui bénéficient des premières récoltes faites très discrètement pour vérifier que le temps est bien venu.
Le responsable rituel de la récolte va alors récolter une igname symbole, la fait cuire, en mange une partie et donne l’autre à goûter au grand chef.
Celui ci déclare alors ouverte la période de la récolte.
Une première cérémonie réunit les hommes autour de l’igname nouvelle au cours de laquelle sont prononcés des discours qui développent encore le mysticisme et la poésie de l’igname.
Deux semaines plus tard, une nouvelle cérémonie, permet à tous les clans de venir apporter leurs offrandes au grand chef selon un cérémoniel précis qui revêt un caractère quasi religieux et est
accompagné de nouveaux discours.
Certains curés s’étaient opposés à ces cérémonies qu’ils estimaient païennes et dont la liturgie paraissait trop puissante.
Les séquences de la culture de l’igname rythment, comme on le voit, la vie de la tribu et servent de repères, de calendrier, pour des gens qui n’en possèdent pas.
Les premiers immigrants arrivant en Nouvelle Calédonie sur des pirogues étaient porteurs de leurs vivres, donc de leurs ignames; c'est ce qui leur a permis de
survivre à un voyage long, incertain et semé d'embûches.
Ce sont ces tubercules qui ont également servi à ensemencer les premiers champs de subsistance. Il est probable que dans l'inconscient collectif un attachement extrêmement puissant en est
résulté. Il n'y a rien d'étonnant à cela : la nourriture de base des premiers chrétiens étant le pain, celui ci est devenu dans la liturgie chrétienne le corps de Christ; là encore
"sanctification."
Cette comparaison permet de mieux approcher les liens qui existent entre le kanak et l’igname.
Sur cette vidéo , préparatifs d'une cérémonie coutumière pour un mariage .
Chaque tas d'ignames est un don fait au clan et au chef de la tribu .
Ils seront partagés entre tous .
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